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La crise écologique ne peut pas attendre

17 février 2010 lu 3 043 fois 1 commentaire

Il ne faudrait pas que la gravité de la crise sociale nous fasse oublier la gravité de la crise climatique et de la crise alimentaire. Il ne faudrait pas que les milliards que l’on donne aux banques soient retirés des Plans de lutte contre le dérèglement climatique ou de l’Aide au développement.

Le Prix Nobel de la Paix 2007, Rajendra Pachauri, Président du Groupe International d’Etude du Climat est venu il y a quelques mois à Paris pour présenter des études qui, toutes, confirment que le dérèglement climatique est plus grave et plus rapide que ne le prévoyaient les scénarios les plus pessimistes.

Certains dirigeants minimisent encore la gravité du problème : « après tout, si la température augmente de 1°C et si, dans 20 ans, le climat de Paris ressemble au climat actuel de Barcelone, ce n’est pas bien grave… » Ceux là n’ont rien compris.

L’énergie finira par manquer, l’eau et le blé commencent à manquer.

Au vu des dernières études de la Nasa et du GIEC, plus personne ne peut contester l’ampleur du dérèglement en cours et son accélération.

Certains disaient que le réchauffement n’aurait d’impact visible qu’en 2050 ou 2100 mais, déjà, dans certaines régions du monde, on commence à en subir les conséquences.

En 2008, Barcelone a eu peur de manquer d’eau et a équipé des tankers pour aller chercher l’eau du Rhône à Marseille…

L’eau commence à manquer, et le blé aussi : l’Australie a connu deux sécheresses successives et sa production de céréales a nettement baissé. Le stock mondial de céréales est tombé à un plus bas historique et dans de nombreux pays, on a vu des émeutes de la faim de plus en plus violentes.

Ce n’est donc pas qu’une crise énergétique qui se profile.

Evolution du PIB depuis 1870 (reconstitué avant 1945) - Sources : AIE 2004, GIEC 2007, compilé par JM Jancovici

Consommation mondiale en Mtep (millions de tonnes équivalent pétrole) depuis 1860 - Sources : Schilling & al, AIE, BP, compilé par JM Jancovici

« Aucune économie, aussi avancée technologiquement soit-elle, ne peut survivre à l’effondrement de son écosystème » (Lester Brown)

Sans aucun doute, les besoins de nos modes de vie actuels dépassent le taux de renouvellement naturel des écosystèmes.

En Europe et aux Etats-Unis, le dérèglement climatique ne va pas seulement faire monter la température moyenne de 1 ou 2 degrés. Il va amener à une forte augmentation des phénomènes extrêmes : sécheresses et inondations, tempêtes et ouragans…

De passage à Paris, Rajendra Pachauri expliquait aussi que la fonte accélérée des glaciers est une vraie « bombe à retardement » : les glaciers des montagnes fondent de plus en plus tôt au printemps, ce qui signifie que, en été, l’eau est déjà partie lorsque des millions d’habitants en ont besoin, quand les pluies se font rares, pour leur alimentation ou pour les cultures. Or dans les zones subtropicales, où le phénomène est particulièrement marqué et où vit 70 % de la population mondiale, la population va continuer de croître à un rythme rapide.

Le problème est facile à comprendre : de moins en moins d’eau disponible, pour une population de plus en plus importante…. Combien de centaines de millions d’hommes, de femmes et d’enfants vont vouloir quitter ces territoires ? Et pour aller où ? Et que faire si les zones côtières, qui sont elles aussi très peuplées deviennent elles aussi nettement moins hospitalières ?

Nous somme lancés là aussi dans une course de vitesse.

La crise actuelle peut et doit être le catalyseur pour repenser nos modes de production, de consommation, de déplacement et de comportement.

C’est déjà ce que disait en octobre 2006 l’ancien chef économiste de la Banque mondiale, Nicholas Stern, en présentant son rapport sur l’impact du réchauffement climatique, à court terme, sur l’économie mondiale : si les Etats ne prennent aucunes mesures rapides, les changements climatiques vont atteindre un seuil au delà duquel leurs effets seront catastrophiques et sans doute irréversibles.

Le réchauffement climatique pourrait provoquer le déplacement de 200 millions de personnes et coûter 5.500 milliards d’euros

AFP 30 octobre 2006

Si rien n’est fait, le réchauffement climatique pourrait provoquer le déplacement de 200 millions de personnes, la disparition de 40 % des espèces, sans oublier les sécheresses et des inondations de masse.

C’est un rapport coup de poing que présente l’ancien chef économiste de la Banque mondiale, Nicholas Stern. Cette étude de 700 pages, commandée par le ministère britannique de l’Economie, marque la première contribution de poids d’un économiste sur les répercussions de ce phénomène, dans un domaine jusque là réservé aux scientifiques.

Le constat de cet économiste de renom est accablant : le réchauffement climatique pourrait provoquer à lui tout seul la pire récession mondiale jamais connue, si les gouvernements ne prennent aucune mesure pour y remédier dans les dix prochaines années.

Il rendrait de grandes parties du globe inhabitables, provoquerait le déplacement de 200 millions de personnes, la disparition de 40 % des espèces, sans oublier les sécheresses et les inondations de masse. Coût total de la facture : 5.500 milliards d’euros, soit plus que les deux guerres mondiales réunies ou que la crise de 1929.

Selon l’économiste, la situation est tellement grave que même un arrêt immédiat de la pollution ne parviendrait pas à contrer les conséquences des gaz à effet de serre déjà dans l’atmosphère : le réchauffement du climat continuerait pendant encore une trentaine d’années et le niveau des mers s’élèverait encore pendant un siècle.

Pour Nicholas Stern, il est toutefois possible de remédier à cette situation catastrophique, mais la « nécessité d’action est urgente ». Il préconise que l’humanité toute entière dépense 1 % du PIB annuel de la planète, soit près de 350 milliards de dollars, dans ce sens. Il faut également contraindre les pays les plus polluants, comme la Chine et les Etats-Unis, à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre, en leur faisant « payer le prix » de leur pollution.

Au niveau national comme au niveau européen, on voit bien comment la crise financière et la crise sociale pourraient servir de prétexte pour repousser à plus tard une vraie politique de lutte contre le dérèglement climatique : « ce n’est pas quand l’automobile va mal, qu’il faut lui imposer des contraintes nouvelles ».

Ce genre de raisonnement est suicidaire.

Les parallèles entre la crise sociale et de la crise écologique sont évidents.

Nous avons déjà perdu beaucoup trop de temps dans la lute contre le dérèglement climatique. Si nous ne voulons pas que le réchauffement climatique (et la perte de biodiversité) atteigne un niveau irréversible, il n’y a plus un moment à perdre. Non seulement la crise sociale ne doit pas nous faire oublier la crise écologique, mais une partie des solutions à la crise sociale viendra d’une action radicale contre le dérèglement climatique.

La déplétion de la ressource pétrolière, le déficit d’eau douce, le réchauffement climatique et les migrations qu’il va provoquer, les contraintes exercées sur les systèmes naturels – sols, forêts, biodiversité, pêcheries – constituent la plus grande possibilité d’investissement de l’histoire.

Il n’est pas facile de tirer les conséquences de ce que l’on sait.

Mais la crise actuelle peut être le facteur décisif pour passer à l’action.

Un Commentaire »

  • nicoloco said:

    vous dites : plus personne ne peut contester le giec …. ben si moi oui, (+ des chercheurs, vincent courtillot+ des millions de désenchanté) je dénonce le fait que le giec n’a pas fait d’études du climat, (vous les avez vous ? elle a orientée ses études pour satisfaire les lobbyings et le fmi a débloquer 100 milliards de dettes supplémentaires pour les pays pauvres

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