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Retraites : le vrai problème c’est le chômage (2/2)

12 février 2010 lu 5 035 fois 3 commentaires

Lire « Retraites : le vrai problème c’est le chômage (1/2) »

Une deuxième raison oblige à lier le dossier des retraites et celui du chômage : avec 4 millions de chômeurs et des millions de précaires, la négociation entre salariés et entreprises est de plus en plus déséquilibrée : « si tu n’es pas content, va voir ailleurs » remplace souvent toute vraie négociation.

De ce fait, en un quart de siècle, la part des salaires (salaires et cotisations) dans la richesse nationale a chuté de 11 %. C’est considérable. Le gouvernement indique que, sans réforme, le déficit des retraites sera de 1 % du PIB en 2020. C’est vrai. Mais, à cause du chômage, la part des salaires dans le PIB a baissé de 11 %. ONZE FOIS le déficit prévu en 2020 !

La baisse de la part des salaires s’observe dans l’ensemble des pays occidentaux. Elle est très forte en Allemagne ou au Japon.

Si l’on arrivait à vaincre le chômage et la précarité, sans doute, la négociation sur les salaires serait-elle plus équilibrée et l’on pourrait sans trop de difficulté, trouver les 1 % du PIB qui manqueront, en 2020, aux caisses de retraite.

Chômage, pouvoir d’achat des salariés et niveau de vie des retraités… Ces trois questions sont étroitement liées. on ne pourra pas améliorer franchement le pouvoir d’achat des salariés ni sauver les retraites si l’on n’arrive pas à LUTTER RADICALEMENT CONTRE LE CHOMAGE ET LA PRECARITE.

Nicolas Sarkozy et François Fillon savent bien que, dans un contexte de chômage de masse, la réforme qu’ils préparent ne peut que diminuer le niveau de vie de la plupart des retraités. Pourquoi, malgré tout, engagent-ils cette réforme ? Quel est réellement leur objectif ?

Le rêve de Guillaume Sarkozy

Connaissez-vous Guillaume Sarkozy ? C’est l’un des frères de Nicolas Sarkozy. Après avoir dirigé une entreprise de textile, il a changé de secteur et travaille aujourd’hui dans l’assurance.

Nicolas Sarkozy attend que les régionales soient passées pour dévoiler ses projets en matière de retraite mais Guillaume et ses associés se préparent activement : Le Monde du 4 juin 2008 révélait déjà que la Caisse des dépôts et « le groupe Médéric qui est dirigé par Guillaume Sarkozy, veulent créer une filiale commune spécialisée dans le financement des retraites. Leur idée est de compenser la baisse du niveau des retraites de la Sécurité sociale en proposant des retraites complémentaires aux salariés

«Selon un document de travail estampillé « Confidentiel« , les salariés non-cadres subiront une baisse de 5 % du taux de remplacement pour une carrière complète et les cadres perdront 20 %. Ce projet de partenariat prévoit la création d’une « nouvelle entreprise d’assurance », qui

proposera « des services adaptés » aux salariés. L’objectif est d’atteindre un chiffre d’affaires de 7 milliards d’euros en 2019 avec « des taux de rentabilité raisonnables » conclut Le Monde.

Au moins, les choses sont claires : Nicolas baisse le revenu des retraités (entre 5 et 20 % de perte pour ceux qui auront des carrières complètes et nettement plus pour tous ceux et celles à qui il manquera quelques trimestres de cotisation car ils ne pourront pas cotiser 41 ans) et Guillaume propose à ceux qui en ont les moyens de prendre une assurance complémentaire sur laquelle il espère que sa nouvelle entreprise d’assurance obtiendra une « rentabilité raisonnable ».

Tant mieux pour ses actionnaires qui se partageront quelques centaines de millions d’euros de bénéfices, mais tant pis pour les millions de salariés qui n’auront pas les moyens de se payer cette assurance supplémentaire et qui verront leurs retraites baisser nettement.

La vieillesse et la santé sont-elles un marché comme les autres ?

Aux Etats-Unis, les dépenses de santé et de retraites sont deux fois plus importantes qu’en France (en proportion du PIB), mais l’essentiel de ces dépenses ne sont pas financées par l’État. C’est aux individus de s’assurer.

« 47 millions d’Américains n’ont aucune protection sociale

et les problèmes de santé sont la première cause de faillite personnelle »

Les Echos 6 novembre 2006

Quand ils ont un gros problème de santé, tous ceux qui n’ont pas de couverture sociale doivent vendre le peu qu’ils ont et s’endetter plus que de raison… Est-ce vers ce modèle que veulent nous mener Nicolas et Guillaume Sarkozy ?

Répétons le pour conclure : OUI, une réforme des retraites est nécessaire mais aucune bonne réforme n’est possible si l’on ne s’attaque pas d’abord – et de façon radicale- au chômage et à la précarité.

3 Commentaires »

  • andré martin said:

    C’est exactement ce que nous expliquons dans l’Appel lancé le 5 février « Retraites, Chômage – Arrêtons la désinformation ! » à lire sur http://reparti.free.fr/a090210.pdf ou sur http://bellaciao.org/fr/spip.php?article98435

    Ajoutez vite votre signature à celle des 200 premiers signataires : syndicalistes, économistes, personnalités …

  • corniot bernard said:

    Mon épouse née en octobre 1951, est au chomage suite à un licenciement économique en 2002.Toujours inscrite à l’anpe, elle n’est plus indemnisée depuis 2006.
    Ayant commencé de travailler très jeune, elle disposerait de suffisemment de trimestres pour percevoir sa retraite à taux plein à l’age de 60 ans.
    Mais la réforme passe par là, et elle devra attendre quatre mois de plus pour la percevoir.
    Sa retraite, complèmentaires incluses, est estimée à 1500€ net,soit une perte irrécupérable de 6000€, belle contribution à la crise pendant que certains élus cumulent, que certains banquiers encaissent et que certains nantis touchent des chèques du trésor public.
    Vive la justice sociale et fiscale….

  • Verel said:

    Il aurait été utile de préciser que le groupe Médéric, dirigé par Guillaume Sarkozy est une mutuelle, dont le conseil d’administration est notamment composé de syndicalistes. Et que la Caisse des Dépôts est un organisme public. Mais c’est tellement mieux de laisser entendre qu’il s’agit ici de ces salauds d’assureurs…

    Mais il n’y a pas besoin d’aller chercher les études faites par le frère du président pour savoir qu’on s’apprête tranquillement à faire baisser le niveau des pensions. Il suffit de lire les travaux très officiels du COR, conseil d’orientation des retraites, (les syndicats étant également présents dans les instances dirigeantes de celui ci) pour constater que les travaux de celui ci expliquent qu’il manque 1% du PIB à long terme et le font tranquillement avec une hypothèse de baisse de 30% du montant des retraites complémentaires.
    En effet, comme les caisses n’ont pas d’autre choix que de distribuer le seul argent qu’elles récoltent, l’augmentation continue du nombre de retraités se traduit par une baisse relative du prix du point, et donc du niveau des pensions.
    Tous ceux qui avancent que le problème se résume à 1% du PIB, comme c’est fait ici, sont objectivement complices d’un choix consistant à préférer une baisse des pensions à un report de l’âge de la retraite

    Venons maintenant à la première partie de l’article. On se demande s’il faut rire ou pleurer en lisant cela dans un article qui parle de chômage!
    Passons sur le fait de mélanger partage de la valeur ajoutée et partage du PIB. Après tout, on n’est pas obligé de comprendre les concepts que l’on manie, même quand on prétend être un think tank

    Comme on le voit sur le graphique publié, la période où le partage de la valeur ajoutée a été la plus favorable aux salariés se situe entre 1975 et 1985. Ceux qui vivaient à l’époque se souviennent probablement que c’est le moment où le chômage a explosé. Y aurait il un lien?

    Étonnamment peut être pour les auteurs de ce site, oui, il y a un lien, et il est très étroit!
    Quand la part des entreprises dans la valeur ajoutée est insuffisante, elles perdent de l’argent, et finissent par faire faillite, ou elles font des restructurations pour s’en sortir. Dans le cas de la sidérurgie, la part des alaires dans la valeur ajoutée a dépassé 100%, avec les conséquences que l’on sait en Lorraine ou dans le Nord.
    En 1984, la régie Renault, entreprise publique, a perdu 10 milliards de francs.
    On peut trouver les données sur l’emploi salarié depuis 1954 ici
    http://www.insee.fr/fr/themes/detail.asp?ref_id=ir-martra08&page=irweb/MARTRA08/dd/martra08_paq2.htm
    Les résultats sont parlants
    De 1954 à 1973, l’emploi augmente régulièrement, au rythme de la population active plus 2.2 millions sur la période
    De 1973 à 1984, 36 000 emplois seulement sont créés, la population active continue à augmenter et le chômage explose
    Mais le plan de rigueur Delors Mauroy fait baisser la part des salariés dans le partage de la valeur ajoutée, les entreprise peuvent enfin recréer de l’emploi à partir de 1985.
    De 1984 à 2006 (fin de la série longue de l’INSEE), 3.5 millions d’emplois sont créés, ce qui permet péniblement de faire baisser le chômage à des taux encore trop élevés, mais nettement plus faibles qu’en 1984
    Maintenant, si on veut 10 millions de chômeurs, ce n’est pas très difficile, il suffit de revenir au partage de la valeur ajoutée constaté au début des années 80

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