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La croissance n’est plus la solution (3/3)

12 février 2010 lu 4 160 fois 3 commentaires

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Même aux Etats-Unis, la croissance n’était pas la solution

Mais les limites de la croissance ne sont pas visibles seulement en France. Même dans les pays qui ont eu une croissance plus forte que nous, comme les Etats-Unis (croissance financée à crédit aussi bien financièrement qu’écologiquement), la croissance n’a pas permis de sortir de la crise sociale.

En 2005, avant qu’éclate la crise des subprimes, il y avait déjà tellement de petits boulots aux Etats-Unis que la durée moyenne du travail était tombée à 33,7 heures, sans compter les chômeurs (Source Economic Report of the President 2007). Malgré la croissance, des millions d’Américains n’avaient que des petits boulots à 10 ou 15 heures par semaine.

Quand la croissance augmente, la productivité augmente elle aussi. Malgré une croissance forte, avant même qu’éclate la crise des subprimes, non seulement les Etats-Unis n’étaient pas en situation de plein-emploi mais ils s’en éloignaient chaque année un peu plus !

Au bout de 30 ans de crise, au bout de 30 années passées à attendre le retour de la croissance, il faut le dire avec force : la croissance n’est plus la solution.

LA CROISSANCE N’EST PLUS LA SOLUTION. Pourquoi ? Pourquoi ce qui était vrai il y a trente ou quarante ans (« la croissance donne l’emploi ») n’est-il plus vrai aujourd’hui ?

« La difficulté n’est pas de comprendre les idées nouvelles.

Elle est d’échapper aux idées anciennes

qui ont poussé leurs ramifications dans tous les recoins

de l’esprit des personnes ayant reçu la même formation. »

John Maynard Keynes

Keynes avait raison d’affirmer que « la difficulté n’est pas de comprendre les idées nouvelles. Elle est d’échapper aux idées anciennes qui ont poussé leurs ramifications dans tous les recoins de l’esprit des personnes ayant reçu la même formation. » Il aurait pu dire « des personnes ayant reçu la même formation, au même moment. »

La plupart de nos dirigeants ont été formés au début des années 1970 quand la croissance était supérieure à 5 % en moyenne. Puis ils sont très vite rentrés dans des cabinets ministériels sans vraiment connaître la vie de l’entreprise et n’ont pas du tout intégré la grande révolution du dernier tiers du XXème siècle : la révolution de la productivité. La révolution des robots et de l’informatique.

En 30 ans, entre 1970 et 2000, on a augmenté la productivité du travail bien plus que sur les deux siècles précédents. Quand ils étaient étudiants, au début des années 1970, nos dirigeants ont entendu parler d’une révolution industrielle : celle de Ford et Taylor dans les années 1910-1930 (voir Charlot dans « Les temps modernes ») mais cette première révolution industrielle, qui, à l’époque, avait profondément bousculé le monde du travail américain -jusqu’à provoquer la crise de 1929- était de très faible ampleur par rapport à celle que nous connaissons depuis 1970.

Sur la courbe ci-dessus, la révolution industrielle de 1900-1920 apparaît comme une petite vaguelette, en comparaison des gains de productivité faramineux réalisés à la fin du XXème siècle.

Si l’on n’intègre pas les gains de productivité colossaux réalisés depuis 30 ans (depuis que nos dirigeants ont fini leur formation), on ne peut pas comprendre pourquoi la croissance ne suffit plus à créer de l’emploi.

Si l’on n’intègre pas cette révolution, on ne peut pas comprendre pourquoi ce qui était vrai il y a quarante ans (« la croissance donne l’emploi« ) ne l’est plus aujourd’hui.

Si l’on n’intègre pas cette révolution, on ne peut pas comprendre pourquoi dans tous nos pays, le chômage et la précarité ont tellement augmenté depuis trente-cinq ans.

* * * * *

Du fait des gains de productivité, miser sur la croissance était déjà une erreur majeure avant qu’éclate la crise des subprimes, mais maintenant ? Maintenant qu’a éclaté la crise de la dette, maintenant que le voile se lève sur l’énormité des dettes accumulées dans les pays qui tiraient la croissance mondiale, est-il possible de compter encore sur la croissance pour sortir de la crise ? Non. Evidemment NON. Il faut inventer du neuf. Construire un nouveau Pacte social.

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  1. La croissance n’est plus la solution (2/3)
  2. La croissance n’est plus la solution (1/3)

3 Commentaires »

  • xavier said:

    « la croissance n’est plus la solution »: la formule est un peu lapidaire. Ne pas considérer la croissance comme un facteur favorable à l’emploi ne serait pas cohérent. je suis d’accord pour penser que le plein emploi ne sera pas atteint en ne comptant que sur la croissance. il faut surement explorer d’autres pistes telles que le partage du temps de travail (en veillant cependant à faire une loi mieux ficelée que celle des 35H qui a failli tuer l’idée de réduction du temps de travail.
    Pour en revenir à la croissance, ce n’est pas parce que les politiques menées depuis 35 ans sont de totales aberrations qu’il n’est pas possible de renouer avec une certaine croissance. les besoins (parfois primaires) de bon nombre de nos concitoyens sont tels qu’il y a forcemment la place pour une réelle croissance.

  • philippe said:

    Dommage de ne pas différencier la croissance des pays en développement de ceux des pays industrialisés car les uns ont besoin de croissance plus forte que les autres.
    Quelle serait ce besoin de croissance toujous plus forte alors qu’on serait basé dur une évolution due à un besoin , fin de la guerre ,mais pas nécessaire à terme; au final avec toujours plus , on est certain d’arriver dans un mur …. au lieu d’être modéré.
    Voilà pourquoi la défénition de la croissance n’est pas assez clair pour paraitre juste.
    Si on a des propos contre la croissance on est forcément pour la décroissance !!!!! bizarre

  • Marie-Hélène said:

    Attention à ne pas confondre décroissance avec les thèses du journal portant ce même nom. Ce JOURNAL POPULISTE au sens le plus ABJECT du terme a en fait pour vocation de décrèdibiliser toute réflexion sérieuse sur une notion de décroissance soutenable pourtant absolument nécessaire, ( l’article ci dessus nous en porte la preuve ). Ce journal au fond de commerce le plus douteux, cherche à culpabiliser le citoyen, otage malgré lui des politiques capitalistes, et tire à vue sur toute alternative politique de développement durable, au nom du mépris du politique. Ce faisant, il isole le citoyen du militantisme politique, le loge dans le creuset de l’abstentionnisme, le renvoie à l’acceptation d’une pauvreté et précarité absolument pas fatales. Cette résignation arrangerait qui ? Ceux probablement, qui feignent d’ignorer que le partage des richesses est la clé de voute des solutions. De plus ce torchon donne une image d’une décroissance raisonnée des plus idiotes : retour à la bougie, recette pour cuisiner les pommes de terre… A noter aussi que son autre complice,le journal  » le Sarkophage  » relève de la même idéologie et a pour objectif la même manipulation.
    Donc, Attention, DANGER !

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